Quand la créativité rencontre la passion : le projet de Guillaume Cristiano, étudiant à l'ESDAC Aix-en-Provence.

Depuis toujours, Guillaume Cristiano partage son temps entre le sport, la création et l’univers automobile. Étudiant en design produit à l’ESDAC, il a choisi de réunir ses passions à travers un projet de mémoire innovant autour du tennis.


Entre technologie, ergonomie et design, Guillaume développe aujourd’hui FlowCourt, un dispositif de ramassage de balles 100 % autonome pensé pour moderniser l’expérience du tennis de haut niveau. Un projet ambitieux qui reflète déjà sa vision du design : créer des objets utiles, innovants et pensés pour l’expérience utilisateur.




1- Salut Guillaume, peux-tu te présenter rapidement (parcours, études, …)?


Bonjour je m’appelle Guillaume CRISTIANO, j’ai 20 ans et je suis actuellement en 3e année de Bachelor Design Produit à l'ESDAC d'Aix-en-Provence. J’ai fait un bac scientifique avec comme spécialités : mathématiques et NSI.
Depuis toujours j’aime créer des choses, que ce soit avec le dessin de voiture que je pratique depuis que je suis petit ou même en volume, j’étais passionné notamment par la construction (comme les Legos et d’autres jeux de construction).




2- D’où te vient ta passion pour le tennis ? Et quel a été ton parcours ?


Quand j’étais petit, j’adorais faire des stages multisports et c’est là que j’ai découvert le tennis.
À partir de ce moment-là je me suis inscrit et je n’ai plus arrêté la pratique de ce sport. Quelques années plus tard, vers mes 10-12 ans, j’ai commencé les compétitions, en équipe et individuel. Cela m’a permis d’atteindre un bon niveau et d’être classé 15/1 à mon meilleur niveau.

3- Aujourd’hui tu fais tes études dans le design de produit, est-ce que cette double casquette (sport + design) a toujours été une évidence pour toi ?


Non pas forcément, quand j’ai commencé mes études j’ai dû ralentir mon rythme d'entraînement et de compétitions car cela me prenait beaucoup de temps. Mais en effet, dans mes projets j’aime beaucoup lier ma passion sport et design.




4- Comment est née l’idée de ton projet de mémoire ?


En début de 3e année à l'ESDAC, nous avons eu un workshop d’une semaine pour trouver un sujet de mémoire et c’est donc grâce à cela que j’ai décidé de partir sur le tennis pour répondre à une problématique.
Après plusieurs mois d’analyse très approfondie car je connaissais déjà très bien le domaine, j’ai décidé de m'intéresser au ramassage de balles en compétitions. Je me suis alors posé la question suivante : « Pourquoi le ramassage de balles en matchs n’a jamais évolué ? ».

Par la suite, j’ai découvert de nombreux problèmes liés au ramassage. J’ai donc décidé d’innover pour redynamiser le tennis face à la pratique exponentielle du padel, en développant le premier dispositif de ramassage de balle totalement autonome en matchs.

5- Y a-t-il eu une situation précise sur un court/sur des compétitions qui t’a fait dire “il faut améliorer ça” ?


Oui, en ayant analysé les ramasseurs de balles sur énormément de matchs, je me suis rendu compte de nombreux problèmes. Il y a un manque de respect récurant sur les ramasseurs par certains joueurs en raison du stress qu’ils ont.

De plus, de nombreux cas de malaises ont été aperçus sur les ramasseurs de balles en raison de la chaleur et du temps passé sur le court qui est énorme notamment en Grand Chelem (format de match le plus long). Il arrive également que les ramasseurs se prennent des balles de tennis à plus de 200km/h dans la tête, dans le ventre, etc, ça peut être dangereux pour eux. C’est pour cette raison que je me suis penché sur le sujet pour essayer d’améliorer tout ça.




6- Peux-tu nous expliquer ce qu’est Flow Court ?


FlowCourt est le premier dispositif de ramassage de balles, 100% autonome pour la compétition. Cette innovation propose un système qui s’intègre parfaitement au terrain : 


  • Une borne centrale de chaque côté du court qui collecte et redistribue les balles.
  • Des rigoles avec filets pour guider 70% des balles dans la borne.
  • 2 drones autonomes intervenant en complément sur les zones non couvertes et permettant de gérer les 30% restants.

7- En quoi ton objet change concrètement l’expérience sur le terrain ?


L’expérience de jeu pour les joueurs change totalement, ils n’auront plus à aller chercher les balles auprès des ramasseurs ni leurs serviettes, car la borne centralise les balles ainsi que les serviettes des joueurs.

Donc entre chaque point, les joueurs pourront directement aller à leur borne au fond du court et avoir tout à leur disposition : les balles et leurs serviettes. Il restera toujours un responsable de court qui s’occupera des changements de balles tous les 7 jeux et qui pourra gérer les situations exceptionnelles, comme une balle qui finit dans les tribunes.

De plus, je ne supprime pas les ramasseurs de balles sur tous les tournois car la porte d’entrée de ce projet est l’UTS. Ce sont des tournois qui prône le spectacle et l’ambiance entre joueurs et spectateurs. Ces tournois ont été créé pour apporter une nouvelle touche de fraîche dans le tennis moderne, pour casser les codes du tennis traditionnel. C’est donc pour cela je veux intégrer FlowCourt dans cet environnement « show » et puis pourquoi pas par la suite intégrer d’autres tournois professionnels comme Roland-Garros ou l’Open d’Australie.




8- Quels sont les bénéfices principaux (gain de temps, ergonomie, réduction de fatigue, fluidité du jeu…) ?


Cette borne a été créée pour tout centraliser en un seul objet. Il a donc fallu réfléchir de façon ergonomique pour que le joueur ait rapidement tout à disposition. Deux patères ont été installées de part et d’autre de la borne pour les serviettes du joueur, avec en dessous de chacune deux systèmes de ventilation pour permettre de sécher les serviettes mais aussi les mains des joueurs entre les points.

Pour les balles, il a fallu réfléchir à un système rapide et efficace pour augmenter la fluidité du jeu. J’ai donc développé un drone qui permet de récupérer et de relâcher les balles de façon autonome. Il possède plusieurs capteurs et caméras qui aident le drone à se localiser sur le court, à repérer les balles très rapidement, et ainsi être 100% autonome. Pour finir, j’ai dû intégrer un système de diaphragme en-dessous du drone qui permet de récupérer et de relâcher les balles dans la borne.

9- Comment as-tu travaillé sur ce projet ?


J’ai d’abord travaillé sur une analyse profonde du tennis et tout ce qu’il y a autour. Par la suite, j'ai fait un benchmark pour voir ce qu’il existait sur le marché.

Pour l'entraînement, plusieurs solutions existent, notamment une qui est très intéressante : le Tennibot. C’est un robot autonome qui permet de récupérer un gros flux de balles de façon autonome, programmable sur téléphone grâce à une application.

Cependant, pour la compétition, il n’existe pas d’autres alternatives que les ramasseurs de balles, donc je partais de zéro. J’ai donc commencé mes recherches vers la robotique car je savais qu’il fallait un dispositif autonome et donc avec certaines technologies comme des capteurs, des caméras qui permettraient au dispositif d’agir tout seul. J’ai regardé ce qui se faisait dans des domaines domestiques, notamment des robots aspirateurs, des robots tondeuses et par la suite par les drones. A partir de mes recherches, j’ai pu mettre au point un cahier des charges pour répondre à 100% des cas sur un match de tennis : repérer la balle, récupérer la balle et la relâcher dans une zone dédiée. Et après des semaines de recherches créatives, j’ai pu développer FlowCourt.




10- Quelles ont été les principales difficultés rencontrées ?


Pour ce projet, il y avait énormément de contraintes : ne pas gêner les joueurs, ne pas gêner le public, que tout soit sécurisé, que le dispositif s’intègre bien sur un court de tennis et surtout qu’il soit efficace sur tous les cas possibles sur un match. C’est pourquoi tout a été pensé pour s’adapter au court de tennis.

Par exemple, les bornes possèdent une forme profilée à l’avant qui permet aux potentielles balles qui rebondissent dessus, d’aller à gauche ou à droite de la borne en restant au fond du court, pour qu’elles ne puissent pas rebondir simplement et qu’elles arrivent au milieu du court. De plus, sur le drone j’ai dû faire en sorte qu’il soit sécurisé au maximum en cas de choc, c’est pourquoi j’ai intégré un cercle de protection autour des pâles. Enfin, j’ai dû intégrer différents capteurs/caméras sur le drone mais aussi sur la borne qui permettent de se repérer dans l’espace d’un court de tennis, localiser les balles et agir au bon moment.

11- Qu’est-ce que ce projet t’a appris en tant que designer ?


Ce projet m’a appris énormément sur pleins de domaines que je ne connaissais pas forcément, comme les drones, la technologie, l’impression 3D…

Mais surtout j’ai pu voir à quel point le métier de designer est passionnant car il faut réussir à trouver des solutions qui allient fonctionnalité, esthétisme et durabilité.




12- Pour ton innovation, est-ce que tu y vois un futur ? La montrer à des professionnels ? La commercialiser ? Ou autre ?


Bien sûr, c’est le but de créer, commercialiser ce projet serait un aboutissement pour moi. J’ai pu envoyer mon projet à un grand nom du tennis français : Patrick Mouratoglou. J’espère avoir une réponse !




13- Actuellement tu es en stage dans un garage automobile, quel est ton rôle ? Et que t’apporte cette expérience ?


J’ai pour mission de créer différentes décorations pour le garage, comme des silhouettes de voitures, des voitures restylisées ou des pièces automobiles.

Certains prototypes pourront être réalisés en impression 3D, je vais donc devoir trouver de nouvelles solutions pour prototyper les décorations.

Cela m’apporte un nouveau défi à réaliser dans le monde automobile, qui est aussi une de mes passions.




14- Comment arrives-tu à faire le lien entre design produit et univers automobile ?


Pour moi c’est assez évident, depuis que je suis petit je suis passionné par le monde automobile. L’an dernier j’ai pu réaliser mon stage chez Valeo, le leader de l’équipementier automobile dans le monde. J’ai pu travailler sur le sujet des voitures sans permis, notamment sur l’éclairage qui reste problématique.

Aujourd’hui les voitures sans permis ne se différencient pas des véhicules standards sur la route. Lorsqu’un véhicule sans permis roule à 50km/h sur une route à 80km/h, cela peut devenir très dangereux, surtout de nuit. C’est pourquoi les équipes R&D de chez Valeo m’ont proposé de travailler sur cette problématique, pour essayer de trouver une solution sur l’éclairage des voitures sans permis pour qu’on arrive rapidement et facilement à identifier ce type de véhicule. C’est donc pour moi un plaisir de réaliser mon stage dans un garage automobile de voiture de sport cette année et je suis sûr que je vais encore apprendre énormément.

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15- Quels sont tes objectifs après pour la suite ?


Pour la suite de mes études, je pars à Lyon en master design industriel, domaine dans lequel je veux poursuivre et ainsi débuter ma carrière. Par la suite, j'aimerais beaucoup monter mon entreprise dans le design industriel et/ou automobile.




16- Pour finir, as-tu un conseil pour les étudiants qui veulent lier passion et projet professionnel ?


Je pense qu’il faut partir d’une passion, mais surtout la confronter à un problème concret.
Dans mon cas, le tennis a été un point de départ, mais mon projet a pris du sens en analysant les usages, les contraintes et ce qui peut réellement être amélioré. Le design produit/industriel, c’est transformer une passion en solution pertinente.

Et surtout : tester, remettre en question, et penser en termes de système.


Merci Guillaume pour cet échange et pour nous avoir fait découvrir les coulisses de FlowCourt. Ce projet illustre parfaitement la manière dont une passion peut devenir une véritable source d’innovation.

Nous te souhaitons beaucoup de réussite pour la suite de tes études à Lyon, de belles expériences professionnelles et surtout de continuer à imaginer, créer et développer des projets qui te passionnent. Nous avons hâte de suivre la suite de ton parcours et de voir jusqu’où tes idées pourront t’emmener !